Échecs & Plateaux

Jeux de plateau, jeux de cartes et parties qui durent

Risk, la conquête du monde inventée par un cinéaste français

Avatar de Gaspard Montreuil-Aubanel

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On associe rarement le nom d’Albert Lamorisse au jeu de plateau. On le connaît surtout comme réalisateur du Ballon rouge, court métrage récompensé par la Palme d’or à Cannes en 1956. C’est pourtant lui qui, à la même époque, imagine un jeu de conquête planétaire qui deviendra l’un des plus diffusés au monde.

« La Conquête du Monde », un jeu né d’un cinéaste

Albert Lamorisse conçoit son jeu à la fin des années 1950 sous le titre La Conquête du Monde : une carte du globe divisée en territoires, des armées de pions à déplacer, des dés pour trancher les batailles. L’éditeur français Miro le publie en 1957. Le principe est simple à énoncer mais long à mener à son terme : éliminer les armées adverses territoire après territoire, jusqu’à contrôler l’ensemble du plateau, ou au moins la mission secrète que l’on s’est vu attribuer.

Deux ans plus tard, l’éditeur américain Parker Brothers rachète les droits du jeu, en simplifie certaines règles et le publie sous un nouveau nom, plus court et plus universel : Risk. C’est cette version qui deviendra la référence internationale, tandis que le nom d’origine s’efface peu à peu, y compris en France. Le plateau lui-même change peu entre les deux versions : les continents restent les mêmes zones stratégiques, seuls quelques ajustements de règles — le nombre d’armées de départ, la gestion des cartes échangées contre des renforts — distinguent la version française d’origine de l’édition internationale.

Le principe : territoires, armées et dés

Chaque joueur reçoit un continent ou une zone de départ, puis des renforts à chaque tour selon le nombre de territoires qu’il contrôle. Les combats se résolvent aux dés, l’attaquant et le défenseur lançant chacun leurs pions pour départager qui perd des armées. Une partie complète peut s’étendre sur plusieurs heures, ce qui en fait un jeu de soirée à part entière plutôt qu’une partie rapide entre deux activités. Chaque joueur reçoit en début de partie une mission secrète, tenue cachée des autres, qui peut aller de l’élimination d’un adversaire précis à la conquête d’un ensemble donné de continents : cette variante ajoute un objectif individuel à la simple domination du plateau, et pousse parfois à des alliances provisoires entre joueurs qui, sans cela, n’auraient aucune raison de coopérer.

D’un plateau de cinéaste à un classique mondial

Ce que l’histoire de Risk révèle, c’est la porosité qui a longtemps existé entre le monde du cinéma et celui du jeu de société : Lamorisse continuera d’ailleurs à concevoir d’autres jeux après La Conquête du Monde, sans jamais abandonner tout à fait le cinéma. Le succès international de Risk doit beaucoup à cette simplicité de départ — un plateau, des armées, un objectif clair — que l’on retrouve aujourd’hui dans nombre de jeux de stratégie, y compris certains classiques que l’on associe plutôt aux échecs pour leur logique de conquête territoriale.

La biographie d’Albert Lamorisse, disponible sur Wikipédia, confirme cette double carrière de cinéaste et de créateur de jeux, entre le succès du Ballon rouge et celui, plus discret sous son nom d’origine, de La Conquête du Monde.


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