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Jeux de plateau, jeux de cartes et parties qui durent

Le Monopoly, une histoire plus vieille que le jeu qu’on connaît

Avatar de Gaspard Montreuil-Aubanel

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Le Monopoly que l’on connaît aujourd’hui, avec ses rues, ses gares et sa prison, n’a pas été inventé par la personne à qui on l’attribue le plus souvent. Son histoire commence trente ans plus tôt, avec une intention presque inverse de celle qu’on lui prête.

Lizzie Magie et « The Landlord’s Game »

En 1904, l’Américaine Lizzie Magie dépose le brevet de The Landlord’s Game, un jeu de plateau pensé pour illustrer les idées de l’économiste Henry George sur la propriété foncière. Le principe : les joueurs achètent des terrains, perçoivent des loyers, et l’un d’eux finit par ruiner tous les autres. Magie avait conçu deux jeux de règles possibles pour la même carte — l’un où s’enrichir collectivement était valorisé, l’autre, plus proche du jeu final, où un seul joueur accumule tout. Son objectif affiché n’était pas de célébrer l’accumulation de richesse, mais de montrer les effets d’un système où la rente foncière profite à un petit nombre. Elle espérait qu’en jouant les deux variantes l’une après l’autre, ses joueurs comprendraient d’eux-mêmes pourquoi une répartition plus équitable des richesses servait davantage la collectivité qu’un système où un seul propriétaire finit par tout posséder — une démonstration pédagogique pensée pour un public d’adultes bien plus que pour un divertissement familial.

Le jeu circule ensuite pendant plus de trente ans dans des versions artisanales, recopiées à la main par des groupes d’amis, des étudiants ou des communautés quaker, chacun y ajoutant ses propres noms de rues et ses propres règles. C’est notamment dans le New Jersey, autour de la ville d’Atlantic City, qu’une communauté quaker développe l’une des versions les plus abouties de ce jeu de plateau artisanal, avec des noms de rues qui resteront, bien plus tard, ceux de la version commerciale.

Charles Darrow et la version qui s’impose

C’est l’une de ces copies informelles que découvre Charles Darrow, un vendeur au chômage pendant la Grande Dépression, au début des années 1930. Il en redessine le plateau autour des rues d’Atlantic City, dépose son propre brevet en 1935 et le vend à l’éditeur américain Parker Brothers. Le jeu, rebaptisé Monopoly, rencontre un succès immédiat en pleine crise économique — l’idée de bâtir une fortune sur le papier séduit un public qui en manque cruellement dans la vraie vie. Parker Brothers rachètera plus tard les droits de Lizzie Magie pour une somme symbolique, sans jamais mettre en avant son rôle dans la création du jeu. Pendant des décennies, la légende commerciale racontera que Darrow avait inventé le jeu de toutes pièces, un récit qui arrangeait l’éditeur autant que l’image d’un inventeur solitaire ayant triomphé de la crise économique grâce à sa seule idée.

Deux dates, une même histoire

Date Étape de l’histoire du jeu
1904 Brevet de Lizzie Magie pour « The Landlord’s Game »
Années 1900-1930 Copies artisanales du jeu, diffusées de main en main
Début des années 1930 Charles Darrow découvre une version du jeu à Atlantic City
1935 Brevet de Darrow et lancement commercial par Parker Brothers

Ce que cette double origine raconte du jeu

Cette histoire à deux visages éclaire une part du jeu que l’on oublie souvent en jouant : Monopoly n’a jamais été conçu par une seule personne isolée dans son atelier, mais par une chaîne de joueurs anonymes qui ont, pendant trente ans, modifié, recopié et transmis un même principe avant qu’il ne devienne un produit commercial. Elle rappelle aussi que la paternité d’un jeu de société ne se limite pas toujours à un nom sur la boîte : combien de jeux en famille aujourd’hui populaires ont-ils eux aussi circulé sous une forme différente avant de trouver leur version définitive ?

L’histoire de Lizzie Magie est aujourd’hui bien documentée et largement reconnue par les historiens du jeu : l’article que Wikipédia consacre au Monopoly retrace en détail cette double paternité, longtemps restée dans l’ombre du seul nom de Charles Darrow.


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